Jean-Baptiste ANDREA — Ma reine (L’iconoclaste)

Jean-Baptiste ANDREA — Ma reine (L’iconoclaste)
Lien site éditeur : https://www.editions-iconoclaste.fr/livres/ma-reine/

Un extrait :

« Viviane a continué à me poser des questions, ça ne lui suffisait pas. Il faisait quoi, ce sort ? Je lui ai dit qu’il m’avait fait, moi, elle m’a dévisagé curieusement comme si elle en attendait plus. J’ai réfléchi pour lui expliquer ce que c’était d’être moi, avec les bons mots.

À Malijai, le docteur Bardet m’avait demandé d’attendre dans la salle d’attente pendant qu’il parlait à mes parents. J’avais fait semblant d’accepter, j’avais pris un magazine et je m’étais assis avec mes pieds bien posés à plat par terre. Dès qu’il avait refermé la porte, j’étais allé écouter, j’avais appris à la maison que c’était comme ça qu’on entendait les choses les plus intéressantes, les gens parlent mieux derrière les portes.

Le docteur Bardet avait utilisé plein de mots compliqués, et comme mes parents n’avaient pas l’air de comprendre non plus, il leur avait expliqué que ma tête avait arrêté de grandir.

Ça m’avait fait rigoler en douce, parce que c’était comme s’il ne parlait pas de moi. Ma tête, au contraire, elle était grande, bien plus grande que celle des autres. C’était le monde qui était petit, et je ne voyais pas comment on pouvait faire entrer quelque chose de grand dans quelque chose de petit. C’était comme la fois où le maître m’avait demandé de parler de la découverte de je ne sais plus quel pays. Je vais tout de suite vu les grands paysages, c’était plein d’Indiens qui se battaient, ça tirait de partout, il y avait de la poussière et des cris, mon cœur s’était mis à battre, j’avais peur des chevaux, des hurlements des Indiens et des coups de feu, j’avais peur de mourir, je ne pouvais pas respirer. Alors je m’étais mis sous mon bureau. Cette fois, personne n’avait ri à part Victor Macret, mon ennemi juré, celui qui me bousculait toujours dans les couloirs. Mais il faut dire qu’un jour je l’avais appelé Macret de canard devant tout le monde,toute la classe s’était poilée et il n’avait pas aimé ça.

Bref, c’était à cause de cette histoire d’Indiens que je ne pouvais plus aller à l’école. Le lendemain, le directeur avait fait monter mes parents. C’est là qu’ils avaient parlé d’une école spéciale, c’est comme ça que j’avais commencé à travailler à la station, et finalement quand on est c’est aussi comme ça que je m’ét’ais retrouvé sur le plateau.

J’ai voulu expliquer tout ça à Viviane et j’ai dit un truc comme :

–Haaaan.

Voilà, quand je voulais dire quelque chose d’immense ça finissait toujours petit.

Jean-Baptiste Andrea, Ma reine, Editions l’iconoclaste, août 2017 (page 70-72)

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