Clément BENECH — Un amour d’espion (Flammarion)

Clément BENECH — Un amour d’espion (Flammarion)
Lien site éditeur : http://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/litterature-francaise/un-amour-despion

Un extrait :

« Consulter des cartes fut ma seule  préparation à ce voyage. Je m’abîmais dans leur contemplation, m’amusant à sauter d’un bout à l’autre de la ville en un coup d’œil. J’ai trouvé un immense réconfort dans le fait de regarder des cartes géographiques, comme si je conjurais par cette activité le sentiment d’éparpillement général qui était le mien depuis que je savais compter jusqu’à dix, et qui ne manquait pas de me causer encore quelques élancements. Que la ville eût des limites bien précises, au-delà desquelles ce n’était plus elle mais une autre ville, un territoire différent, sa carte m’en apportait la preuve tangible, sur laquelle on pouvait s’appuyer. De l’œil, je caressais cette frontière, la passant et la repassant en imagination, grisé comme un enfant qui éteint et rallume une lumière en appuyant sur l’interrupteur. (Je croyais savoir que la vue était le sens que la civilisation avait substitué au toucher). L’invention de la carte était pour moi l’un des actes les plus prométhéens de l’histoire humaine, aux côtés de la domestication de l’électricité et des conquêtes spatiales. Et il me semblait que c’était à cette échelle seulement que l’on pouvait connaître l’essence d’une ville, de même que pour connaître une personne, on ne colle pas son nez dans son oreilles ni ne la scrute en plissant des yeux depuis le haut d’une tour, n’est-ce pas, on se tient une distance raisonnable, un mètre, deux mètres.

Je n’avais le droit de rester au États-Unis que pour quatre-vingt-dix jours. Cela me paraissait amplement suffisant pour la tâche qui m’était confiée. Et d’ailleurs, je n’étais même pas sûr d’avoir besoin d’une telle période. Cette affaire de commentaires belliqueux serait réglée en un tournemain. Rien de tout cela ne me paraissait très sérieux et je voyais surtout l’occasion de passer du bon temps aux frais de la princesse. »

Clément Bénech, Un amour d’espion, Flammarion, août 2017.

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