Sylvain PRUDHOMME – Légende (L’arbalète –Gallimard)

prudhomme(Un livre présenté par Guénaël Boutouillet dans le cadre de Rentrez !

Une sélection – présentation subjective de livres de la rentrée littéraire 2016, dans des médiathèques des Pays de la Loire)

Sylvain PRUDHOMME – Légende (L’arbalète –Gallimard)

Date de parution : 18 août 2016

Présentation sur le site de l’éditeur

Un extrait :

« Ils avaient aperçu un vieux silo à grains abandonné, laissé sur leur gauche une ancienne cave viticole dont la silhouette s’était découpée dans la lumière, incongrue, énorme, pareille à la carapace d’un insecte condamné par sa taille démesurée, dont ne restait plus que l’enveloppe vide.
Tu sais ce que je me disais en vous écoutant tout à l’heure : qu’on était curieusement faits tous les trois pour se retrouver autour de cette table un beau matin de septembre, moi à vous infliger la tristesse de repenser à tout ça. Vous à l’accepter. A plonger tout entiers dedans, sans réserve, simplement pour la caméra branchée d’un type que tu ne connaissais pas l’année dernière à la même date. Curieusement faits ou peut-être pas, c’est ce que je me disais. Peut-être que c’est très normal. Peut-être qu’on a tous besoin de ça. Que ça nourrit d’aller voir de près la vie de ceux qui ne sont plus, de la redérouler sous nos yeux, d’en scruter les détails, de se demander ce qu’ils ont vécu, à quels moments ils ont été heureux, puis malheureux, puis de nouveau heureux. Ce qu’ils ont pensé avant de mourir.
Nel était resté sans rien dire.
Depuis le début je suis frappé de ça, avait dit Matt : les gens qu’on sollicite pourraient très bien refuser. Dire ce qu’ils n’ont pas envie. Qu’ils trouvent ça impudique. Que le passé est le passé. Au contraire ils nous ouvrent grand leur porte.
Tu penses à Toussaint.
Je pense à tout le monde. A Toussaint bien sûr. Je lui écris, trois jours plus tard il est là. Je pense à toi aussi. Regarde le temps que tu consacres à tout ça. Les rendez-vous que tu arranges. Tu le fais pour quoi. Tu cherches quoi à travers ça. Et qu’est-ce que je cherche moi aussi. Qu’est-ce que je peux bien avoir à foutre de la vie de tes cousins.
Ils ont marqué tout le monde, avait dit Nel. Ils m’ont marqué moi.
Fabien a marqué tout le monde.
Christian aussi. Leur fin à tous les deux nous a marqués.
Tu vois toi aussi tu le dis : leur fin. Qu’est-ce qu’on cherche tous dans cette histoire. Est-ce que c’est leur vie ou leur mort qui nous impressionne. Est-ce que s’ils étaient paisiblement éteints à quatre-vingt ans leur existence nous captiverait autant. Je me demande. Est-ce que c’est pas toujours un peu sa propre mort qu’on prépare en relisant la vie des autres. Est-ce que ce n’est pas surtout à ça que servent les histoires : nous tendre un miroir. Nous permettre de nous promener dans l’existence d’être qui ne sont plus et dont la vie est tout entière là, sous nos yeux, avec ses hauts et ses bas, ses périodes fastes et ses creux, jusqu’au dénouement. A tenter de comprendre ce qu’ils ont cherché. Ce qu’ils ont souffert. Où ils ont réussi. Où ils ont échoué. Tout cela sans jamais cesser de penser à nous, vivants. A ce qu’ils peuvent nous apprendre. A ce que leur vie peut nous murmurer de conseils. »

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