Charles YU — Guide de survie pour le voyageur du temps amateur (Aux forges de Vulcain)

(Un livre présenté par Guénaël Boutouillet dans le cadre de Rentrez !

Une sélection – présentation subjective de livres de la rentrée littéraire 2016, dans des médiathèques des Pays de la Loire)

Charles  YU — Guide de survie pour le voyageur du temps amateur (Aux forges de Vulcain)

traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Aude Monnoyer de Galland.

Date de parution :  22 sept 2016

 

Présentation sur le site de l’éditeur (cliquer)

Un extrait ici : (http://guenaelboutouillet.tumblr.com/post/150713233533/je-me-souviens-quil-y-avait-des-dimanches)

« Je me souviens qu’il y avait des dimanches après-midis, chez nous, où l’on aurait dit qu’il n’y avait qu’un seul son au monde et c’était le tic-tac de l’horloge de la cuisine.

Notre maison était une accumulation de silences, chaque pièce était un référentiel vide et muet, et chacun des corps oscillants que nous étions (maman, papa, moi) suivait sa propre fonction curviligne, d’espace en espace, sans faire le moindre bruit, en se contentant d’attendre, en attendant d’attendre, en s’efforçant, allez savoir pourquoi, de ne pas interrompre le champ de silence, de ne pas perturber l’équilibre fragile de ce système. Nous errions de pièce en pièce, nous manquant toujours d’un rien, la long de trajectoires qui n’étaient ni volontaires ni aléatoires mais déterminées par nos caractéristiques spécifiques, nos propriété individuelles. Et nous étions incapables de nous éloigner, de nous libérer de nos boucles orbitales, incapables de faire quelque chose d’aussi simple que d’aller dans la pièce d’à côté, où la personne que nous aimions tant — notre père, notre mère, notre fils, notre femme, notre mari —, restait là, en silence, à attendre sans même le savoir, que quelqu’un dise quelque chose, n’importe quoi, et on voulait le faire, on brûlait de le faire, mais on était physiquement incapables de trouver la force de changer nos vélocités.

Mon père disait parfois que sa vie était faite aux deux tiers de déceptions. Ça, c’était quand il était de bonne humeur.

J’imagine que c’était une façon de s’autodénigrer. J’ai toujours espéré, sans jamais oser lui poser la question, que j’avais quelque chose à voir avec le tiers restant. »

 

 

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