Élodie LLORCA — La Correction (Rivages)

(Un livre présenté par Guénaël Boutouillet dans le cadre de Rentrez !

Une sélection – présentation subjective de livres de la rentrée littéraire 2016, dans des médiathèques des Pays de la Loire)

 

llorca

Date de parution : 17 août 2016

Présentation sur le site de l’éditeur (cliquer)

Un extrait : http://guenaelboutouillet.tumblr.com/post/150620695633/je-me-penchai-sur-ma-copie-et-tentai-de-reprendre

 

«Je me penchai sur ma copie et tentai de reprendre ma lecture. Mais le mot ne cessait de venir me travailler. Roulure.
Quoi, depuis cinq ans que tu batailles avec les coquilles, on peut t’estimer aguerri avec ce genre d’exercice, me dis-je, tu n’as pas pu laisser cette coquille lors de ta première lecture. Ne te fais pas d’illusion, c’est certainement elle qui l’a introduite à ton insu. Pour te prendre en défaut ; pour relever ta faute et te traquer. Voilà, la réalité qui commence à te rattraper, François, il fallait bien que cela arrive.
La stupeur me gagna. Je me levai pour aller chercher un verre d’eau à la bonbonne. Je revins m’asseoir et attendis un peu que la pression retombe. Marie m’avait expliqué quelques techniques de respiration ventrale pour retrouver mon calme. J’appliquai à la lettre ses consignes. Au bout de quelques minutes, je me sentis mieux. Je tentai de me remettre mais rapidement une petite voix vint de nouveau me hanter.
Peut-être alors as-tu tout simplement laissé passer cette coquille, car il peut t’arriver d’être étourdi en fin de journée, moins concentré. Imaginons un instant cette hypothèse, ce ne serait pas un drame alors, car aucun correcteur n’est parfait, tout le monde le sait, c’est humain, me mis-je à argumenter comme pour rassurer un vieil ami dans la tourmente.
Cependant, loin de venir me consoler, cette réflexion vint caresser une crainte sourde, tapie bien à l’intérieur de moi. C’était comme si ce mot était venu entrouvrir la porte à un Janus terrifiant. J’en étais certain, maladivement gagné par cette obsession, Reine avait intentionnellement introduit cette coquille. Je devais tout faire pour connaître le mobile afin de comprendre de quoi il retournait.
Je me redressai et commençai à examiner son profil à travers les stores vénitiens. Elle était visiblement occupée à taper un mail. Je me décidai à lui demander des explications et me levai.»

(Élodie Llorca, La correction, pages 30-31, Editions Rivages, août 2016)

 

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