Kerry HOWLEY, La cage (Vies parallèles, août 2016)

(Un livre présenté par Guénaël Boutouillet dans le cadre de Rentrez !

Une sélection – présentation subjective de livres de la rentrée littéraire 2016, dans des médiathèques des Pays de la Loire)

Kerry HOWLEY,  La cage (Vies parallèles, août 2016)

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sophie Renaut

Date de parution : 25 août 2016

howleyPrésentation sur le site de l’éditeur

Un extrait :

 

« Pendant trois longs rounds sanglants, j’ai regardé Sean servir de punching-ball à un homme agile comme un chat. Sean se prenait les coups les uns après les autres, et à chaque frappe placée au bon moment, il se fendait d’un sourire toujours plus large, comme si « The Fire » était lui-même en train de lui graver ce sourire sur la figure. Pendant tout le temps de cette rencontre, j’eus la sensation très étrange de voir momentanément se dissiper une sorte de nébuleuse. Comme si quelqu’un m’avait huilé les synapses et que les pensées pouvaient se frayer un chemin en sifflant et en donnant des coups de fouet à droite et à gauche, sans la friction que j’avais jusqu’ici éprouvée comme étant la pensée elle-même. Je fus prise d’une immense affection pour le spectacle qui se déroulait sous mes yeux, mais cette affection pour le spectacle qui se déroulait sous mes yeux, mais cette affection n’émanait sans doute pas de nulle part, parce que je m’étais dissoute dans une sorte de brume et m’étais dilatée jusqu’à envelopper la totalité de l’espace contenant la centaine d’hommes rassemblés.
C’était le dernier combat de la soirée, et après sa défaite, Sean, en sang, resta étendu au sol sans bouger entre deux rangées de chaises pliantes en métal. Je bondis de ma place — la dernière que je paierais jamais — et enjambai quelques spectateurs assis aux places les moins chères, me faufilai sous une petite cloison, mentis à la sécurité et m’avançai vers le corps étendu de Sean auquel un médecin — enfin, un homme avec une aiguille et du fil — était en train de recoudre les morceaux de l’arcade sourcilière. J’étais trop émue pour pouvoir prononcer un mot, ou même me présenter. Ce n’est que quelques semaines plus tard, après l’avoir cherché partout dans la ville où il habitait, que je lui demandai : « Tu as eu mal ? »
Il réfléchit longtemps à ma question — je vis bien qu’il y pensait intensément même si, à ce moment-là, il ne pouvait pas froncer ses sourcils recousus pour signifier une manifestation extérieure de pensée — et dit : « Pas tout à fait. »
Il pensa alors à changer de sujet, mais je n’étais pas satisfaite.
« Oui, mais ça fait quoi ? »
Là encore, il réfléchit longtemps et intensément, fit durer le silence.
« C’est comme se réveiller », dit-il. »

 

 

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